Errances Recueil de poèmes et de textes publiés en 1996
Illustrations Jean-claude Quartier, dessins sur Besançon et sa région
Editeur Caracter’s
Extraits :
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En d’autres temps, nous nous serions assis sous le cintre des pierres, à faire aller la chaîne au long de la paroi jusqu’au bruit clair du seau heurtant le fond du puits ; nous aurions pris l’espace au creux de notre main quand le miroir étroit de l’abreuvoir emporte vers les cieux le troupeau des nuages. Nous aurions pris le temps de sourire à la beauté du monde bruissant dans le brasier d’un soleil d’août. Dautres temps rouvriront nos routes buissonnières et nous retrouverons, au détour du chemin l’enfant, en nous perdu, qui nous cherche, et qui nous tend la main.
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Tour de la Pelote
Le Doubs, au long des quais, cerne en son élan l’éclatant sourire de la pierre et de l’eau. Appuyée sur un ciel d’arbres et de nuages, la ville, en foule prête à rompre toute digue, le contemple et se mire.
Par les mille feux de ses fenêtres, elle lui renvoie l’écho de sa rumeur et rien ne vient en altérer le cours. La lumière module ses tonalités en des couleurs qui fixent dans le regard le flot mouvant d’une informe mosaïque. |
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Le temps scintille et le songe s’écoule. Une lumière diffuse s’effrite comme sable au mouvement du fleuve, et dans le ciel liquide l’ombre d’un arbre glane les nuées en débacle. Une barque dérive sous le pont du canal, gagnant, parmi les herbes, le frémissant essor des remous de l’écluse.
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Tarragnoz
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Je prends le ciel comme un bâteau prend la mer, lorsqu’au crépuscule, la crête des nuages roule une écume claire sur des flots d’indigo. Je plonge dans le vide azuré d’une île aux rivages d’opale, parmi des algues vertes rongées de corail, et je descends le cours d’un fleuve de lumière, entre des profondeurs où planent du soleil, les tentacules pourpres.
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L'eau de la rivière n'appartient pas aux rives. Un jour, il est vrai, ce fut étrange ! Je dormais, mon rêve intercepté par une porte que je ne pouvais franchir. Elle était comme celle devant laquelle, enfant, j’étais si souvent passé et repassé. J’y revenais enfin, curieux d’apprendre ce qu’il pouvait y avoir derrière qui ne fut déjà dans mon cœur. La vie m’avait fait changer de cité, mais les chemins de l’enfance traçaient toujours ces voies dont le temps sépare à jamais. Au centre de la ville, c’était la même rue avec un pan de ciel au-delà des murs où court l’écume estompée du passé. -:-:-:-:-:-:-:-: Souviens-toi, nous avons longtemps marché, par des chemins profonds, le regard et les pas enlisés dans la nuit. Seule notre peine était claire. Dans les sentes où l’enfance se perd, nous avons cueilli des fruits amers, et nos dents, agacées, ont en vain tenté d’en déchirer la chair. Notre marche obstinée heurtait les obstacles, nous refusions tout détour : il nous fallait prouver notre ferveur ! Le soleil, en son prisme, abreuvait nos regards d’une saveur d’eau pure que nous goûtions jusqu’au néant dans l’absolu du rêve. Un vertige nous précipitait, sur un charroi d’images, dans l’onde plus profonde d’un songe simple dont nous cherchions à relever le sens. Nous avions renoncé à toute vie dont la perfection fût absente, mais, dans l’absolu de notre négation, un monde s’érigeait aux formes humaines de la défaite. Souviens-toi comme nos mains désunies ont, dès lors, labouré l’ombre, dans la détresse des fatalités stériles. Au divorce des heures, l’écho de nos paroles a brisé la rumeur de nos cœurs meurtris : la jeunesse forçait encore nos lèvres, ignorant quelle foudre éclate au centre de l’oubli ! O paroles ! Mêlez à ma voix vos astres rougeoyants ! Je veux nommer splendeurs vos souffles et mes délires, dans cette vérité du seuil où l'esprit, plus que l'âme, reconnaît, dans le vent gris qui boîte, le rythme de ses ans Retour au sommaire
Lorsqu'elle cherche en des bassins le lieu où bercer la lumière, elle fait glisser contre la pierre la silhouette des arbres mêlée aux reflets des murs.
Seule notre ombre dérive au rythme de nos pas. Nos gestes, sur l'eau calme, poussent leur barque au long des berges.
Dans l'espace cerné de feuillages, dans la brume des choses transparentes, l'âme s'évade vers les eaux closes, comme une lave en feu vers les cendres d'un nouveau matin.
Est-ce le passé qui s'éveille ? Est-ce un autre monde perdu dans la phosphorescence du jour qui acceuille enfin l'offraande de nos mains ?
De l'éparpillement des douleurs et des joies naissent ces frémissements intérieurs : imperceptibles courants qui suffisent à rejoindre le fleuve et gagner, au loin, les terres fertiles de l'infini ! Alors monte, au détour des ténèbres, aux lieux et place du néant, en faits et gestes d'un silence accumulé, cette lueur d'au-delà du regard, par lesquelles l'âme emplit enfin l'univers.
Prisonnier du silence, j’invoquais le lent mouvement des heures qui emporte sa lumière parmi des flaques d’ombres, car, dans ce lieu où le hasard me jetait, croissait la nostalgie d’un foyer inconnu. Tel un promeneur qui, dans le sable, cisèle un rêve fortuitement beau, je me surprenais à donner à toute chose la forme du souvenir. Comme un chant de l’âme, l’étoffe des couleurs se déchirait jusqu’au profond des choses dans un grand souffle sur le monde, et je voyais, dans le ciel nu, se perdre des déploiements de lumière. Autant que d’en saisir les contours, je voulais en retrouver l’éclat. Ne pouvant accepter que ce qui fût pût mourir, je refusais d’admettre que c’est justement ce qui, de nous, a disparu que nous vénérons. Mais, dans ces hauts parages des pensées retenues, dans la clarté du songe et le leurre du ciel, eusse-je jamais assez de toutes mes saisons pour retrouver le sens des paroles perdues ? Ce n’est, hélas, qu’aux derniers jours que le sceau du hasard fixe leurs rivages aux îles inaccessibles ; y brûle, zénithale, la lampe du pays des morts.
Et nous avons vécu de ces magnificences que nous consentait la lumière. Le temps, en cascades égrenant fixement une éternité de cristal, avait pris son envol au dessus d’une faille, dans l’immobile élan d’une statuaire mystérieuse.
Dans l’élan brisé d’une pensée ponctuée de haltes où règne le désir, j’ai fondé, seul, le lieu de toute possession de soi, et ce lieu m'est, depuis, comme une autre demeure.
Porté par la lumière, j'esquisse, aujourd'hui, les formes claires que la vie recueille en des visages au sourire éternel. "Je dis", mais mon âme, éprise d’une vérité qui fixât l’espoir, n’ouvre que les lignes d’une perspective sans retour.
Rêveur, ma solitude est, au reflux des heures, blessure que chaque instant irrite.
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