Humanisme et poésie

« HUMANISME» et « POESIE »

 

« HUMANISME» et « POESIE »

 

"L’homme ne tient que de lui-même ses lettres de franchise*", que de ses rêves les clefs de sa liberté. 
Il pose sur les choses un regard interrogateur jusqu’au point de silence où tout est dit ; et, puisque rien ne change sans raison, il n’est pas trop de tout le bruit de l’âme pour, d’aventure, l’ouvrir à d’autres contingences.
Il a, certes, tel un compagnon sur un chantier de cathédrale, tracé la grande aile qui oriente ses travaux ! Il a sacré ses loges en des épures où la vie triomphe, où s’assemble un monde en sa mystagogie !… Il a suivi les astres conquérants qui déploient leurs bannières sur de fervents desseins, et, dans l’élévation de son âme, il a dressé la flèche de l’avenir !

Il a souvent parlé d’une voix mêlée d’amour, sur les brisants de l’épreuve, pour vaincre encore l’innombrable cri de l’âme, crié d’une mort aveugle et vaine, honorant, innocente, le naufrage de ses espérances, mais il a trop souvent renié la sagesse, trop dévoyé la force et négligé la beauté. Son Temple a perdu là nombre de ses étais, perdus ainsi par négligence, égarés ainsi dans les fascines de l’œuvre abandonnée.

Il a laissé toutes choses courir à leur fin ; il a dressé sur le seuil de sa demeure ouverte à l’éternel tout ce qu’assemble hors du songe la part irréductible de son être ; et même si son rêve est triste quand ses châteaux construits en Espagne lui font deuil de ses idéaux, il lui faut ne jamais souscrire au renoncement :

 sait-il que,  plus que le travail, c’est l’œuvre qu’il faut glorifier, que par l’illumination de sa pensée créatrice, par le jeu de ses correspondances, grâce à un langage apte à transmettre l’élan de l’Être, il peut s’investir lui-même des pouvoirs d’une vie qui, sous son fardeau d’humanité, le porte vers un espace universel ?
sait-il qu’il lui faut porter au tribunal d’une lignée lointaine, son instance d’homme en quête d’horizon, d’homme qui est seul, mais qui, seul, il est vrai,  tient dans sa main tout … et le ciel ?

Sa destinée, scellée sans retour par la mort, est apparemment désespérante, mais, Poète, il se dérobe au temps ; il poursuit des astres ascendants, découvrant des chantiers où l’argile commune prélude à l’incendie des somptueuses porcelaines et des alcarazas où fraîchit l’eau pour son front exalté. L’humanisme heureusement, consacre son mystère : génial à la frontière de l’art, il est industrieux aux marges du labeur, divin parfois dans l’amour ! 

 

   Parfois, vers l’intérieur, l’Etre perd ses limites, et sa parole s’ouvre, pour un court instant, sur ce dont elle n’est bientôt plus qu’un sillage figé : une lointaine cicatrice…

                                                                                                                            « Interférences »

              Deuxième aurore

 

Le ciel s'est arrêté dans les branches du saule ;

L'ombre disperse au vent les larmes du feuillage,

Et le fleuve, troupeau d'écume sur les pierres,

Paît le scintillement de l'arbre dans la nuit.

 

Les herbes du rivage sèment sur le fleuve

Les reflets du matin, présence sans visage

Qui mêle aux tourbillons des rides de lumière,

Quand meurt le cygne noir au premier chant du jour.

 

Une barque en dérive heurte d'un geste lourd

Les nasses du réveil et porte à l'horizon

Le souffle appesanti du silence des rives.

 

Sans cette image en moi, que ferais-je du temps

Qui me parle de rêve et parle de naissance ?

Que ferais-je de moi qui m'obstine à mourir ?

                                     (extrait de « Paroles Perdues)


 

 

             LA POESIE   ?

 

Avant-propos

 

L’art de la poésie est traditionnellement associé au « don de poésie », c’est-à-dire à une fonction du poète inspiré, en relation avec les Muses et le sacré, à qui revient le rôle de décodeur de l’invisible. C’est la conception de l’Antiquité représentée par Platon qui fait dire à Socrate (dans Ion) à propos des poètes : « Ils parlent en effet, non en vertu d’un art, mais d’une puissance divine ».

 

 

 

Expliquer le poème, c’est tenter d’expliquer

la fleur par le grain : impossible mission

puisque la fleur, en croissant, détruit le grain !    


 ... Expliquer la poésie n’est guère plus aisé

car  le chant poétique est intime et hasardé :

c’est une harmonie verbale, une expression

 suggestive et analogique orientée sur la musique

 (qui, à l’origine, accompagnait la récitation

du poème), et non sur la description objective

et le raisonnement logique.          

 

 

 

 

 

Ayant recours en son poème,

« favorisé d’un songe favorable »,

le poète trouve, en des agencements

 éphémères, une alternative au doute.    

 


                                        

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