Les Orgues de Mortefontaine

 


Les Orgues de Mortefontaine

Recueil de poèmes édité en 1977
dans la collection « Club des poètes »
 Illustrations de  Georges Oudot
Préface de Jean-Pierre Rosnay

  

la critique a dit :

« J’ai lu avec intérêt et sympathie les « Orgues deMortefontaine », il a de l’imagination et une musique aux échos symbolistes dans la famille brumeuse de Nerval, Corot et Francis Carco »   
(Armand Lanoux )le 27/01/75

« Il est bien rare de trouver à notre époque, des poètes de votre qualité et j’ai lu votre recueil avec le plus grand agrément. (Lucie Faure le 2 Mai 1977 »)

Préface :

«  Si la poésie commence au-delà des mots, si la poésie est une hasardeuse conjoncture entre celui qui l’écrit et la somme de sa sensibilité, si le poète n’est poète que par accident et délégation, chargé de mission (ô combien impossible !, porte parole de toutes celles et de tous ceux qui lui ont confié leur silence de siècle en siècle, à charge pour lui d’en faire cri, harmonie et faits et gestes, alors Louis-Luc Maël ( alias Louis Moëllic), dont le nom semble fait exprès pour être gravé sur la coque d’un bateau de haute mer, est un  authentique poète, et dans sa vie et dans ses œuvres. Poésie lente, poésie attentive, dont un cœur généreux er discret rythme la démarche.

Il faut lire Louis-Luc Maël, puis fermer les yeux durant quelques minutes, et le relire.

Jean-Pierre ROSNAY

A cette eau morte en bordure de la forêt d'Ermenonville, Corot a mêlé la vapeur subtile de l'âme : celle du souvenir qui retourne aux choses, les nimbe de la plus délicate émotion, puis, glissant de la nature v ers l'intimité de l'être,  rejoint lentement, sur l'onde du silence, les limites sensibles de l'infini.

Je suis à Mortefontaine, lagune de mon passé !

Le souvenir de mes ferveurs disparues donne quelque apaisement à mon âme, un instant recueillie à l'orée des forêts où la plainte du vent, comme un écho de mes plaintes, déverse, de ses orgues, les harmonies multiples.

 

 

 

 

Extraits :

                                       I

 

Aux lumières voilées des paupières mi-closes
La soie de l'ombre glisse et comme une caresse
Sur mes lèvres fait naître au souffle du passé
le murmure de source de les souvenirs

 J'écoute en moi le temps courir sur ses cascades

 Dans le miroir brisé des chemins de l'enfance
Où les mots en buisson me lacéraient d'espoir
Le lac où flotte encor l'écho de mon silence
Noie d'un trouble reflet son eau dans mon regard

Flammes interrompues des pleines transparences
Comme brue de cendre au vent de la mémoire
Comme un chant d'aquarelle à l'horizon de l'âme
Pour inscrire le rêve au lieu du désespoir

Je sens en moi pleurer le temps sur ses cascades

 Eau de Mortefontaine je puise en ta source
Toutes les mélodies que modulent les heures
Aux orgues de ma vie tu murmures le temps
Irises la lumière et portes mes élans

 Poème de couleur psaume de paysage
Mon attente toujours en images se fond
Car l'illusion qui naît  aux douceurs du langage
Trouve dans la nature la voix qui lui répond

 

 II

 

 

La lumière est ici très douce et singulière
Son eau est sans surface presque sans profondeur
Elle inonde les yeux d'une bru :e légère
Qui lentement pénètre jusqu'au fond du cœur

 Les ombres le soleil tissent entre les cils
Un voile camaïeu qui feutre l'horizon
Et qui sous la caresse d'une onde subtile
Aux soyeuses langueurs met un charme profond

 Cette moire s'effile à l'approche des choses
Et transparente creuse un vide où les couleurs
Evaporées de l'eau douce métamorphose
Murmurent des images au tympan de l'heure

 Dans le halo figé des cascades su rêve
Comme jaspes d'automne à la houle du vent
Une île de feuillage en ce jour qui s'achève
A des vibrations d'algues d'obscur océan

Ô tableau de Corot douce brume de l'âme
En touches irréèlles posées sur les yeux
Mêle à mes souvenirs ton exquise douceur
Et nimbe l'horizon de tendre nostalgie

III

Dans le bonheur couchant  un rêve de lumièrep
Echo fragile des couleursromesse
De son voile imprécis d'onde crépusculaire
traine et ensevelit les heures

Comme ombre fugitive d'errante caresse
Les flammes de l'eau dans le soir
sur la rive du temps scintillante promesse
Ourlent la voile de l'espoir 

                                         IV

 

Promesse de l'instant qui déchire en sa course
L'espace cage de l'ennui
Bonheur qui se répand comme l'eau d'une source
Surgie des douceurs de la nuit

 Sur la houle du ciel terrain vague de l'âme
Le rêve enfin trace un sillon
Où l'orage des mots l'orage des larmes
Drainent une riche moisson

 Dans le soleil couchant un angélus se noie
Haute symphonie des couleurs
Brasier de cloches de nuages de joie
Profond silence dans le cœur

 Dans le halo figé des cascades du rêve
Comme jaspes d'automne à la houle du vent
Une île de feuillage en ce jour qui s'achève
A des vibrations d'algues d'obscur océan

 Ô tableau de Corot douce brume de l'âme
En touches irréelles posées sur les yeux
Mêle à mes souvenirs ton exquise douceur
Et nimbe l'horizon de tendre nostalgie

 

 

 

                            V

 

   D'une vibration          d'orgues de lumière
  Brille vaporeuse au feu du regard
  
La rose du soir        musicale sphère
    
Imprécisément          reflet de miroir

Ses pétales d'heure au parfum d'encens
 Montent de l'enfance au vent des regrets
 E
t dentelles d'ombre aux paupières closes
 
Echappent aux nues insensiblement

 Indéfiniment l'onde de la vie
           
Ombre de la mort infailliblement
          
De mots de poussière aux lèvres ouvertes
 
Tisse un linceul  d'or indiciblement

  Ses feuilles de nuit tombées des  étoiles
 
Paysage d'âme
 jonché d'espoir*
 
En fauves pensées de fièvre automnale      
 
De mélancolie colorent         le soir
Sous la touche du vent 
 
Au plein jeu de l'été
 
Fugue nourrie de souvenirs
 
Des orgues               de nuages dans l'âme attristée
  
Lasses du jour viennent mourir

   Leur murmure de source
  
D'un dernier soupir
   
Seul en rhapsodie la douceur

   Oh le chant qu'une harpe
  
Egrène en son délire
   
Notes cristallines du cœur

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

La Vérité

 

 

 

Au point géométrique des apparences

Immobile à nos yeux

Autant que la terre dans l'espace

Elle n'est que le moment d'un équilibre

Où s'inscrit l'équation de nos erreurs

Etrangère au réel elle fixe par une preuve

Le point parfait du mouvement

Et la chute interminable du doute

 

  

Marine

 

Comme un souffle marin au creux des roches sombres
L'ambre subtile et douxde tes golfes secrets
Diffuse de ton corps l'ambrosiaque parfum
Qui court vers l'infini de troubles aventures

Aux festons de l'aurore incandescentes ailes
Mosaïque de nacre sur un sable obscur
Tes jambes échouées émergent du sommeil
Brisé comme une vague au ressac de la nuit 

Caravelle d'azur aux portes océanes
De dentelle d'écume tu ourles ta grand'voile
De jeunes impatiences geignent tes amarres
Quand la brise se lève au souffle du matin

Sous ma tplus tendre amure au plus près de ton corps
Tu largues de tes bras le grand pavois du jour
Et tes yeux alizés éblouis et comblés
Irisent l'horizon des flammes du soleil

 

 

           Crépuscule marin

 

          C'est la ville océane aux murailles d'enfance
          Précise en ma mémoire avec ses frondaisons
          Dont l'ombre douce noie le grand feston des vagues
          Venues mourir en moi d'une ancienne langueur

          Contre les seuils déserts dans le creux des venelles
         Un rythme s'es brisé qui charpentait l'espace
          Et la mer apaisée par l'étreinte des golfes
         Submerge la cité sous l'algue du silence

          Dans la lente torpeur des heures de l'attente
          Quand le feu des fenêtres ronge les façades
          Quand une aile d'oiseau froisse le crépuscule
          Vient le frisson d'un arbre gercer les arcades

          En foule végétale agitée de fantômes
          Qui lacèrent le jour à la carde du soir
          Il poursuit de la mer le rêve inachevé
         Ancrer à l'horizon le vaisseau des étoiles

         Alors l'âme des lampes, loin des âtres froids
         Vacille et se répand entre les sycomores
         Sous la brise du soir ses gestes de feuillage
         D'une ombre portée bercent une fresque d'or 

         Ô visage de pierre et de lumière enclos
         Sur tes lèvres d'azur où le soleil expire
        Ta muette clameur dresse des souvenir
        Qui font de mon néant plus qu'une apothéose

 

 

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Berger d'automne

 

Les fauves de l'automne

Sous le ciel qui moutonne

En troupeaux éclatants

Broutent les prés du vent

 

A feuille de velours

Dans un silence lourd

Ils déploient l'harmonie

De leur cérémonie

 

L'eau sombre des nuages

Où le couchant surnage

Déverse à l'horizon

Le feu de ses tisons

 

Sous cette toison d'or

L'âme prend son essor

Vers la plaisante grève

Où se glisse son rêve

 

Mais sur l'écran rouillé

De mon regard mouillé

La brume de ses doigts

Feutre l'ombre des bois

Près du feu qui s'éteint

Berger de mon destin

Immobile je veille

Un monde de merveilles

 

 

 

 

 

 

Orphée

 

Pour la beauté du geste

Jeu et flamme

J'embrase l'âtre

De paroles de feu

 

Pour la beauté du geste

Feu et femme

Je jette au feu mon âme

 

Sur les parois de l'âtre

Son ombre et ses reflets

 

Pour un souffle de femme

Pour un geste de flamme

Du brasier de mon cœur

Un chant funeste et fou

 

Pour la beauté du geste

Ma douleur à tue-tête

A tue-tête

A crève cœur

 

 

 

 

 

Méditation

 

Pardonne au jour ses ombres !

 

Elles sont au soleil le gué de ta mémoire

Où l'enfance perdue

Passe à nouveau le rêve

 

Au jeu de l'illusion tu retrouves ta vie

Sans craindre la blessure

Des mots crépusculaires

 

Il est au firmament d'autres soleils ardents

Il est d'autres déserts aux portes du silence

 

Oh ! Pardonne à ces ombres

Qui meurent en lumière

 

Leur sillage délivre tes yeux du néant !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Dernière mise à jour de cette page le 27/11/2009