L'Echo des Muses
... De hautes pierres dans le vent occuperaient encore mon silence.....
(Saint-John Perse : Vents, II).
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L'Echo des Muses voudrait vous faire partager plaisirs et réflexions, comme dans une revue faite d'instantanés, et qui, donc, aurait pour vocation de se renouveler au gré des fantaisies de lecture.
Si le coeur vous en dit, faites-moi part de vos coups de coeur ! ils viendront conforter cette "gazette" poétique.
<A un esprit de veille. Aux théologies négatives.
A une poésie désirée, de pluies, d'attente et de vent.
A un grand réalisme, qui aggrave au lieu de résoudre,
qui désigne l'obscur, qui tienne les clartés pour
nuées toujours déchirables. Qui ait souci d'une haute
et impraticable clarté.>>
(Yves Bonnefoy : l'Iimprobable)
< meurt dans ce monde et pour nier le destin l'homme
a bâti de concepts cette demeure logique, où les
seuls principes qui vaillent sont de permanence et d'identité.
Demeure faite de mots mais éternelle.......la mort n'est
qu'une idée qui se fait la complice d'autres, dans un règne
éternel où justement rien ne meurt.
Telle est bien notre vérité : elle ose définir la mort, mais
pour la remplacer par du défini. Or le défini est incorruptible,
il assure malgré la mort et pourvu qu'on oublie les
apparences brutales une étrange immortalité.>>.
Yves Bonnefoy :(dito)
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extrait de ... à perte d'homme (horloge) louis moellic
Expliquer le poème, c'est tenter d'expliquer la fleur par le grain : impossible mission puisque la fleur, en croissant, détruit le grain ! ... Expliquer la poésie n'est guère plus aisé car l'état poétique ne s'exprime pas « à froid » ; c'est une harmonie verbale, une expression suggestive et analogique orientée sur la musique (qui à l'origine accompagnait la récitation du poème), et non sur la description objective et le raisonnement logique.
Trouvant recours en son poème, « favorisé d'un songe favorable », le poète puise, dans des agencements éphémères, l'alternative à son effroi. La poésie s'offre à lui dans sa parure d'irréel, comme un miracle de sauvegarde pour traverser un monde où l'âme s'élève, se cherche au gré des mots, de leur musique qui porte au rêve.
La poésie anime une réalité où il peut se fondre ; elle a le pouvoir, dans son élan vers l'insaisissable, de transporter son âme jusqu'aux clartés les plus vives. Terre de conquête et terre de refuge, le poème est un lieu d'exil où l'être, trop faible pour assimiler toutes les richesses à sa portée, fuit sa terre nourricière, trop pauvre pour assouvir les appétits de son âme insatiable.
Sa démarche n'est donc qu'une transhumance, une dérive vers des terres riches d'illusions.
De l'exigence poétique nait une exigence spirituelle où trouve refuge le besoin le plus vital : celui d'une joie qui sublime l'être, lui ouvre la voie de l'inexprimable et le conduit, dans une quête incessante de la perfection, jusqu'aux sphères les plus inaccessibles de sa Vérité.
L'émotion artistique, goutte de vie, larme de haut mal, s'impose à lui dans une folle alternative où le paradis est si proche de l'enfer qu'une imprudence verbale suffit à les confondre.
Chercheur d'horizon, aventurier du songe et de l'action, découvreur de pistes, le poète va au pays neuf des fermentations dissidentes. Il lui faut enfin donner à ses paroles l'ampleur d'un destin : placer au sommet de l'être la dynastie qui porte haut son glaive, bien au dessus des violences et des peines, bien au dessus d'un rêve que les ors de l'espérance dressent parmi les fièvres de la terre ;
...là où le suspens des pensées distille des essences de liberté qui comblent l'absence en un regard au plus large horizon.
N'est-ce pas par un irréprochable effort que le semeur d'étoiles moissonne en lui le futur, et n'est-ce pas d'embraser son souffle qu'il féconde le temps ?
Ivre, plus que de renier l'ivresse, il offre à tous sa prérogative, et, dans l'élan de ses songes, il porte haut sa louange.
Il enfante sa race, et, pour se souvenir,
( l'éloge est son chant et le regret sa chaîne),
il exalte ses œuvres et quitte le présent.
Il va chaque jour plus loin du lieu de sa naissance et tend à remonter le temps. Il poursuit un singulier dessein : fondre demain avec hier, ouvrant une page où plus rien ne s'inscrit que l'espoir.
Il démantèle ses citadelles et traque la vérité dans la diversité des harmonies quand son projet, à l'apogée de son récit, fait du monde un lieu plus vaste pour l'amplification de ses ardeurs infinies.
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L'art donne aux choses et aux idées une vibration qui porte les formes, les couleurs et les sons vers leur épanouissement sensible dans l'émotion et la joie.
Si la poésie n'est pas l'expression absolue de la réalité, où l'individu pourrait se fondre, elle a néanmoins le pouvoir de transporter l'âme jusqu'à ses limites les plus extrêmes, et c'est en ces plus extrêmes limites que le poème s'inscrit dans la réalité de la conscience.
(Or, cette limite extrême ne serait-elle pas le silence ?)
L.M.
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La sagesse et la lucidité sont d’oser le délire, la dé-lecture de notre parcours et de ce qui y fut lié,
dans un élan d’orgueil ultime, telle une exclamation qui clôt le discours !
Nous n’avons pas tout dit, même dans l’expression privilégiée de l’art….
Abandonnons le reste au hasard ! L.M.
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Tout poème est un élan vers l'insaisissable, une tentative pour exprimer l'inexprimable. C'est, à la fois, l'effort de dépassement de soi
et l'aveu de l'impuissance de l'Homme à atteindre les sommets que son esprit lui fait entrevoir . L.M.
Pour le poète, le poème le mieux accompli restera toujours l'esquisse de ses soifs d'absolu et ses œuvres n'illustrent que le catalogue
prestigieux de ses échecs.
Le poète n'est poète que par accident, par intermittence. Sa démarche est une transhumance, une dérive, vers des terres riches d'illusions.
Dans le chaos de ses pensées, sourdent des mots et des phrases qui ne s'ordonnent que dans un acte éphémère, épisodique :
son esprit est si mobile et versatile qu'il quitte souvent l'effort créateur pour l'exigence d'une pensée vaine, prosaïque et dérisoire.
Un paradis, certes, s'ouvre à lui, mais c'est un paradis perdu. En effet, dans l'instant même où ce paradis s'ouvre, il se perd,
quand la conscience coule vers l'avenir.
il n'y a pas d'idée fixe ! Arrêter le cours de la pensée, ne penser à rien, c'est seulement ne pas avoir conscience de l'idée
qui court en secret. La pensée consciente s'inscrit en relief sur le ruban de la veille ; la pensée inconsciente s'y inscrit en creux.
Ainsi, la pensée est connaissance et est aussi mémoire, à la fois présence et absence, réel et irréel, expérience et oubli,
élan du cœur et égoïsme, mais toujours séquences solidaires, comme les anneaux d'une chaîne dont chacun, pourtant
garde son individualité !
C'est le manque de culture, le trop plein de préoccupations matérielles qui retiennent trop d'individus en deçà du besoin d'émotions spirituelles.
Ils stagnent en « enfer » ! Ils sont si nombreux qu'on verse aisément dans un pessimisme qui renvoie à un égoïsme en contradiction avec l'idéal humaniste qui nous anime.
Le poète ne peut s'en satisfaire, L'esprit objectif se rend à l'évidence ; il se perd dans une contradiction que la dialectique même ne parvient à
résoudre tant l'éducation fait défaut. L'ampleur de la tâche décourage les volontés les mieux disposées !
On ne peut, dès lors que témoigner par l'exemple et s'en remettre au sort pour un progrès significatif de l'humanité.
C'est un échec ! mais on ne peut réussir en tout. Qu'un seul plan favorable accueille nos efforts et nous aurons peut-être
ajouté une pierre à l'édifice ?
L.M.
Le cheval applaudit.
Le gratte-ciel salue les invités d'une planète grasse et folle.
Dans les tramways, les vieillards rétrécissent et deviennent crevettes.
On a pendu, au cou des oliviers,
quelques tableaux de primitifs espagnols et flamands.
Après la pluie, les enfants sentent bon la demi-lune et l'artichaut.
Le cheval, surveillé par sa propre statue, refuse d'applaudir.
(Alain Bosquet : deuxième testament)
Le bruit des voix
Le bruit des voix s'est tu, qui te désignait.
Tu es seul dans l'enclos des barques obscures.
Marches-tu sur ce sol qui bouge, mais tu as
Un autre chant que cette eau grise dans ton coeur,
Un autre espoir que ce départ que l'on assure,
Ces pas mornes, ce feu qui chancelle à l'avant.
Tu n'aimes pas le fleuve aux simples eaux terrestres
Et son chemin de lune où se calme le vent.
Plutôt, dis-tu, plutôt sur de plus mortes rives,
Des palais que je fus le haut délabrement.
Tu n'aimes que la nuit en tant que nuit, qui porte
La torche, ton destin, de tout renoncement.
(Yves Bonnefoy : hier régnant désert)
Quelle pâleur te frappe, rivière souterraine,
quelle artère en toi se rompt, où l'écho retentit de ta chute ?
Ce bras que tu soulèves soudain s'ouvre, s'enflamme.
Ton visage recule. Quelle grume croissante m'arrache ton regard ?
Lente falaise d'ombre, frontière de la mort.
Des bras muets t'accueillent, arbres d'une autre rive
(Yves Bonnefoy : Du mouvement et de l'immobilité de Douve)
Lorsqu'un arbre pleure toute sa sève
qu'il se frappe l'aubier pour exprimer sa douleur
qu'il se traîne à genoux autour de son écorce
Il faut lui parler le langage d'avril
Lui dire que l'automne n'est qu'une invention.
(Vénus Khoury-Ghata : Anthologie personnelle)
J'avance au-dedans de moi et me voilà très au-delà, déjà largué plus loin que la mémoire,
plus loin que ce que je vois comme un amnésique aux yeux éblouis qui filerait droit en dansant
Sur la ligne d'infini où la peau et les os s'accordent un vrai baiser de sable....
(André Velter : à François Chaumette)
<<Je dédie ce livre à l'improbable, c'est-à-dire à ce qui est.
A un esprit de veille.
Aux théologies négatives.
A une poésie désirée, de pluies, d'attente et de vent.A un grand réalisme, qui aggrave au lieu de résoudre,
qui désigne l'obscur, qui tienne les clartés pour nuées toujours déchirables.
Qui ait souci d'une haute et impraticable clarté.>>(Yves Bonnefoy : l'Iimprobable)
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<<Parce qu'on meurt dans ce monde et pour nier le destin l'homme a bâti de concepts cette demeure logique, où les seuls principes qui vaillent sont de permanence et d'identité. Demeure faite de mots mais éternelle...
....la mort n'est qu'une idée qui se fait la complice d'autres, dans un règne éternel où justement rien ne meurt. Telle est bien notre vérité : elle ose définir la mort, mais pour la remplacer par du défini. Or le défini est incorruptible, il assure malgré la mort et pourvu qu'on oublie les apparences brutales une étrange immortalité.>>. (dito)
Le sable est au début comme il sera
L'horrible fin sous la poussée de ce vent froid.
Où est le bout, dis-tu, de tant d'étoiles,
Pourquoi avançons-nous dans ce lieu froid ?
Et pourquoi disons-nous d'aussi vaines paroles,
Allant et comme si la nuit n'existait pas ?
Mieux vaut marcher plus près de la ligne d'écume
Et nous aventurer au seuil d'un autre froid.
Nous n'aurons pâs parlé. Un reste de lumière
Simplement s'attardant à l'horizon du froid.
Peu à peu grandissait la côte longtemps vue
Et dite par des mots que nous ne savions pas.
(Yves Bonnefoy : Du mouvement et de l'immobilité de Douve)
LA MEMOIRE
Il y a que les doigts s'étaient crispés,
Ils tenaient lieu de mémoire,
Il a fallu desceller les tristes forces gardiennes
Pour jeter l'arbre et la mer(Yves Bonnefoy : dto)
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FLEURS
D'un gradin d'or,- parmi les cordons de soie,les gazes grises, les velours verts et les disques de cristal qui noircissent comme du bronze au soleil
- je vois la digitale s'ouvrir sur un tapis de filigranes d'argent, d'yeux et de chevelures.
Des pièces d'or jaune semées sur l'agate, des piliers d'acajou supportant un dôme d'émeraudes, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis entourent la rose d'eau.
Tel qu'un dieu aux énormes yeux bleus et aux formes de neige, la mer et le ciel attirent aux terrasses de marbre la foule des jeunes et fortes roses.
(Arthur Rimbaud : poèmes en prose)
APPARITION
La lune s'attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l'archet au doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l'azur des corolles.
- C'était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S'enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d'un rêve au cœur qui l'a cueilli.
J'errais donc, l'œil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m'es en riant apparue
Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.
( Stéphane Maallarmé)
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