Paroles perdues

PAROLES PERDUES

En Vente sur Internet chez

 http://www.

editeurindependant.com/doc/3378

 

 

et sur Amazon.fr

alapage.com

FNAC

 

Extraits

     PAROLES DITES SUR LE SEUIL


 

   VI

… Et tu atteins, Voyageur, à ce vif de l’âme
Où l’on glisse soudain,
Quand l’infini commence à la fourche des mains,
Et quand, dans le matin, l’ombre poursuit encore
La naissance d’une aube sans rivage.

Peut-être est-ce l’avancée dans l’invisible, - une avancée dans l’indicible – d’un chemin que l’inconnu surplombe, d’un chemin qui prépare au jour, à l’offrande du ciel, à l’éclair d’un regard vers ce lieu où luit encore une étoile ?

Mais ce n’est plus le chemin aux pierres sans mémoire portant vers les lointains un horizon d’exil, c’est le chemin qui mêle au souffle l’autre frisson d’un souffle qui libère tes pas et donne licence  au monde de prendre source si haut que tout ne soit que forces en croissance,
                                                                                                                                                  … et flamme sur les cimes du futur !
Que serait la durée sans le frôlement, même insu, de ces mots consacrés par la vertu des songes ?
Que serait l’attente sans la fébrilité du doute ?
Que vaudrait l’espoir sans la promesse d’un amour ?

 VII


 

Et tu disperses, Voyageur, au foisonnement de l’Être, tout ce qui est aux choses quand la terre fait son bruit d’océan !
Contre l’absurdité et contre l’atrophie de ta pensée, tu dis le mot qui tient à cette part, en toi divine, où naît ton chant de ténèbres.
Rien ne s’achève en tes quotidiennes et brèves morts ; pourtant, par connivence, la vague de l’oubli te ramène, chaque fois,
à l’illusion du renouveau.
Informe est la nébuleuse – hôte précaire de l’instant – qui sème tes songes inventés pour un autre tumulte ! 
 Trop vaste est la terre où, (trop complexe) tu te perds,  et où se perdent tes vérités instables, brèves comme l’écho qui brise la pierre !
L’histoire, dans sa grande dérive et ses rares certitudes, ancre toute turbulence !
... Qu’il t’en souvienne et que n’aille pas se rompre l’alliance inscrite dans ta chair !

Si vivre est tel, scelle en l’éclair, et le chemin et l’écart où maintenir tes rêves !

 

 

                                       -:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-:-

 

 

 - :-- NOUVELLES  SOLITUDES

                                                                I

… Il y eût cet été gris ! ... un ciel de saphir pâle au dessus des étangs !
Il y eût cette avancée sombre parmi les herbes, l'eau qui se perd sous le reflet des rives, et, dans le frisson du vent, ce murmure hésitant aux lisières des saules ; il y eût l’ombre d'au-delà des joncs qui filtraient l'aube, et l’imperceptible frémissement dans l'âme quand rôde l'haleine humide et froide des marais.
…Et il y eût la lune qui se couche dans une clarté diffuse tandis que le jour, lueur encore lointaine au dévers du ciel, mêle un rien d'espoir au désordre des pensées.
Les sentiers couraient dans les landes, la rosée, de nouveau, inaugurait l‘aurore, et l’être renaissait de ce feu sans éclats que, dit-on, consacre le silence. Dans la lueur passaient des silhouettes furtives -on eût dit une nuée d’oiseaux –  qui faisaient cortège à la marche des heures. Ainsi vibrait l’écho d’un souffle où le feuillage s’épuisait en volutes, les mots en fresques esquissant l‘attente.
Sur la houle des branches, le temps accourait du futur, comme d’un éblouissement d’abîme, pour éroder l’éternité. Rien ne bougeait plus, l’instant venait enfin fixer le jour ; un mirage y celait les ivresses du vide.
Il y eût alors l’afflux de ce prodige, l’afflux de cette image où tant d’évidences recouvrent tant d’énigmes et tant de certitudes tant de craintes, car il y eût l‘aurore, et l’odeur d’herbes mouillées dispersant les rêves comme parfums dans l’âme en quête de douceur !
Dans le débordement de l’aube à l’horizon, la nuit mourait au rythme lent des heures.
… Et tu ne sais comment, et tu ne sais pourquoi,
Elle était là, blanche, au bord du chemin !


- :- :- :- :- :- :-

 

 

PAROLES DITES EN CHEMIN

 

Vous alliez sur la lande à la rencontre du jour, marchant parmi des ombres où veillait la ferveur  entre des continents dont aucun, sinon d’enfance, ne vous retenait aux confins des lueurs !
Vos pas, dans les vapeurs de l’aube, feutraient l’air d’un glissement léger. ... et dans l’instant désert qui précède la brume, le halo des nuées dressait comme un fanal ses paraphes de feu que le matin consume.
             
Par le chemin jonché de lune, les ténèbres passaient à l’affleurement de vos pas, et, lorsque enfin filtrait le jour, le bruissement de l’air, en son indécision, laissait poindre l’image qui ranime l‘ivresse de vos anciens vertiges.
Dès lors, vos mains, si calmes vers la terre, semaient d’étoiles vos regards, et vous voyiez glisser les algues, lentes sous le flot, et l’eau, tournante sur le sable.

Vous parliez à demi-mot des sources sous la mer et des courants chargés de feuilles... Mais ce n’était, pour vous, que peu de chose parmi les roches : une brise au long de l’âme, ... une nuée d’îles dans l’encens de l’aube, ... un espoir égaré que la langueur inonde, ... ou l’ancre d’une vasque dans l’exhalaison des cisthes vers  la mer !
Je vous revois encore quand la lumière, enfin, vous offre sa parure :
                                                                                                    
vous êtes exposée à l’éloge du jour !

 …Et vous dites le mot qui pouvait nous survivre !
Je reprends alors mes étoiles comme les pierres d’une marelle abandonnée dans un éclat de rire. Charmeur d’or et d’émeraude, je vibre dans l’aigrette des cimes sous la lame de votre regard quand l’automne fane ses fumées rousses.
Une étoile lève l’ancre du temps, et les jours, émergés de l’aube, dérivent parmi les tourbillons d’univers obstinés. Un ciel nouveau se lève près des terres où brille la rosée.
L’oiseau d’écume s’éveille aux premiers feux, ardant dans les lointains ouverts.
C’est le début d’un temps où l’espoir nous assiste à nouveau et creuse longuement les spirales du rêve ; c’est le début d’un temps où l’horizon, sans rives, emporte en son vertige les vagues, intactes des souffles marins. 
       
Vous voici près de moi, …ou bien perdue au détour des saisons ... à moins que ce ne soit qu’en un présent tardif assailli de joies et de regrets mouvants, 
                                                                  
…et qui s’arme pour survivre en l’éternité !
Le chant de mon poème ensoleille mes brumes, et je dérive vers un rivage, ourlé d‘écume et de rumeurs, où chaque lampe allumée éteint une étoile.
De votre âme à mon âme, le temps glane une même saveur, même trame filant pour arpenter la vie, même éclair dont l’écho est votre voix magicienne !
D’un manteau d’Arlequin, je pare ma défroque, et je me prends de vanité aux prodiges de l’errance, artisans d’un nouveau sacre !
         
 Bientôt, nous nous retrouverons près de notre demeure, auprès de ces maisons de vent et bâties de soleil, où les jours ont une odeur qui prolonge la nuit, où l’ombre dissimule l’absence des étoiles tandis que nos regards drainent des continents embaumés de douceur. Midi, bientôt, dressera ses tables ; ses torches nous brûleront d’élans inassouvis !
Alors, beaucoup de choses parmi nous, à voir et à goûter, bien d’autres choses encore, vivantes, à aimer, célèbreront l’en allé des ballons de l’enfance par les voies du prodige vers des royaumes bleus !
Nous chercherons l’élan des courbes où la lumière éclaire enfin nos plus ardents exploits !
… et nous écouterons cette voix très pure, ruissellement de toute chose, égouttement sonore au bondissement des couleurs, halètement du temps sous la caresse du vent !
Derrière nous notre sillage, devant nous : le cap incertain de l’exil : toujours la même voix antique, qui revient, d’ailleurs et d’autrefois, et qui va sans but, cheminant au plus haut des vertiges, où nul ne surprend l’élancement d’un souffle d’ascendance !

Nous avons rendez-vous avec un nouvel âge !...

Du flux versé par les ténèbres, parmi les pierres chues des cimes déjà claires, une onde, maintenant, vient célébrer le jour.
Ainsi, l’aube se meurt, à l’échéance des rives, en un présage de marée qui retient le courant jusqu’en ces forces que touche obstinément le délit de l’errance. Le vent, vers des abîmes d’un autre âge, porte la nostalgie et sème d’embruns les remous des genets.
Rien alors ne gagne plus la berge, ni les vagues portées par la houle affaiblie, ni le chant du matin !
Nul flamboiement dans votre regard ; nul orage que le ciel entretienne des braises de ce creuset où le feu, ni l’azur, ne tremblent du cri annonciateur du vide !
La crue des terres déferle jusqu’en l’impasse de vos espaces intérieurs ; de confuses silhouettes se mêlent en une indécision chargée du chaos des pensées.
Dans le souffle des mots règne encore votre voix. Dans l’éclat de vos yeux, en amont des étoiles, renaît le soleil !           

Alors, qu’il me souvienne de cette plainte basse, lorsque le vent commence à remonter au nord ; alors, qu’il me souvienne de ce geste de brume au long d’un jour désert où tout semble aussi vain qu’un cygne qui dérive en un feston d’écume et s’éloigne des rives aux frissons du matin ! 
Des vergers d’ignorance ourlent enfin mes lèvres de désirs, et je demeure épars dans leur pluralité dont je ne vois la source que dans une multitude proche de la mort, quand rien ne vibre plus au heurt de la réalité !
Mon rêve est une chair profuse, où la conscience s’élève sur l’aile d’une impression singulière. J’y cherche assidûment un chant que berçât l’infini tout près de mes abîmes, pour que nos voix demeurent indistinctes en s’éloignant là-bas sur un chemin désert !
Votre absence s’impose et porte une vérité, - enfin presque dite -, diverse en nos destins divers ! Mais c’est un souvenir qui perpétue votre empreinte, l’épanche aux solitudes pour bâtir hors du temps !     
         
C’est notre amour qui mêle encore en moi ce qui fut séparé, ainsi je vais dans le feu que je suis vers un foyer d’étoiles !
IL n’est de renaissance que sur des grèves où l’éclair luit au jour d’une douleur que les ténèbres couvent en secret jusqu’à ce que la chair porte le nom de l’âme, - de l’âme qui se rompt sous la pesée du corps !
...Chaque chose détruite délie le goût des larmes.
Alors les braises cèdent sous la rosée, alors au fond de l’eau, le feu du crépuscule s’ourle du givre ciselé de la lune. 
  Il fait jour sous une onde aux houles d’équinoxe ; la terre y a changé, dans l’ardeur des déluges, les pierres envoûtées en de meubles argiles !
Je vois passer le temps dans l’affairement de l’être, l’effondrement du jour sous la rumeur des voûtes :
..et. ma plainte jaillit, ses feux en marche vers l’azur où hurlent des soleils !
C’est aux deltas sonores que le sens se perd !  
Un monde sans matière tisse la trame d’une  existence sans destin où la parole n’est qu’un hasard glorifiant l’Être en son exil, sans âge, sans âge mais si tendre qu’un trait de sang le ruine et qu’un mot l’apprête aux boues du devenir. 
          Jeté hors de moi, j’entre dans l’absence, et tout ce qui passe et ne cesse de passer s’affirme sur les décombres du possible.
Y repose, inconnaissable, le sédiment d’un flot où le mystère demeure !
Au terme de sa trajectoire, l’énigme règne sous une forme où seul l’imprévisible est constant ; elle fixe ses limites à la parole, là où toute pensée est hasard, où la transparence suscite l’indifférence, ... l’énigme est dans l’idée d’un espoir toujours serti dans le clos du temps. Qu’un horizon sans fard apparaisse, et l’autre visage du monde se dessine, Janus d’un autre destin,
         
… trace de ce qui fut, venant soudain dans l’espace de l’attente !
         Si donc mon langage est sans présence, c’est que le temps en dirige la fuite et que nulle preuve n’y fonde un avenir qui vaille.
L’âme s’y défait ; l’attente, enfin, y est seule réalité !

Il ne me reste qu’à gagner le silence : il en va de tout mon espoir ! 

la critique a dit :

L’Est republicain

Le 10 mai 2008

 

Son cinquième recueil, « Paroles perdues », est un aboutissement. Celui d’une vie d’écriture très fertile.

Besançon :-C’est un charmant tableau de Corot : «Souvenir de Mortefontaine » , dédié à la nature, qui lui a donné l’envie de publier pour la première fois. Le déclic artistique s’est produit pour la première fois en 1977. Jusque là, Louis Moëllic avait bien sûr écrit, en marge d’une vie professionnelle déroulée dans l’univers horloger à Besançon, mais sans se soumettre au regard parfois critique d’autrui.

Seulement la poésie, discipline intime par essence a besoin d’un partage, d’un dialogue, d’une confrontation avec l’autre pour exister véritablement. Aujourd’hui, Louis Moëllic a complété la démarche en ouvrant son propre site sur le Net et en choisissant un éditeur en ligne pour son dernier opus : « Paroles perdues »,(1), misant sur le médium le plus universel pour porter sa parole la plus personnelle.

 

GOÛT DU SYMBOLISME

 

Car l’homme dont les quatre vingt ans ne parviennent pas à masquer l’éternelle jeunesse de cœur et d’esprit assume son classicisme.Sa découverte de la poésie s’et construite à la lecture de Saint-John Perse, Baudelaire, Stéphane Mallarmé, parmi d’autres auteurs français. Il en a conservé le goût d’un certain lyrisme, du symbolisme. « C’est trop poétique », lui a lancé un confrère plus enclin à la modernité et au style heurté qui caractérise notre époque. «C’est le plus beau compliment qu’il m’a été donné d’entendre«… », confie-t-il, ravi.

Car bien d’autres parmi ses pairs ou ses lecteurs fidèles l’ont encensé pour ses envolées foncièrement humanistes. En cinq recueils, depuis « Les Orgues de Mortefontaine », jusqu’à ces « Paroles perdues », Louis Moëllic s’est bâti une jolie notoriété, récompensée en 1997 et 2003 par les prix Georges Riguet, Paul Eluard, Charles d’Orléans, Paul Valéry et Louise de Vilmorin., « Sillages » et surtout « Regards d’Outre-Songes » ont ainsi été distigués.

Celui-ci avait été illustré de gravures au burin et manière noire par un autre artiste franc-comtois de renom : Gilles Erny. C’est ce compagnon de talent, une fois encore qui a imaginé et dessiné pour le poète bisontin la couverture de « Paroles perdues ».

 

L’ESPOIR SUBSISTE

 

Comme toujours travaillés avec soin par leur auteur, qui sélectionne ses mots et cisèle ses phrases avec rigueur pour aboutir « à la cohérence » et à la « musicalité » de son écriture, les derniers textes parus de Louis Moëllic sont à ses yeux un « aboutissement ».

Cela ne signifie pas qu’il marque le point final de son œuvre, toute empreinte de philosophie et de méditation, fort heureusement.

L’heure était juste venue, pour le poète, d’arrimer ses pensées dispersées au long de son existence à un fil conducteur unique, d’en établir une forme de synthèse. Comme Marcel Proust à la recherche de son fameux temps perdu, Louis Moëllic a donc mobilisé sa mémoire afin qu’elle lui restitue les sensations, les réflexions, les saveurs oubliés de la vie qu’il nous traduit en paroles.

 

LUCIDE ET REALISTE

 

On y retrouve son goût pour la nature, les atmosphères brumeuses, aquatiques, les quêtes initiatiques plus ou moins subliminales.

L’expérience et la maturité guident de belle manière sa plume renforcés par ces rajouts issus de son passé puis actualisés avec distanciation et recul. Lui qui se définit comme « un poète par intermittence » tient à sa liberté et reste lucide sur l’état du monde contemporain. « Il faudrait approcher l’inconscience pour être optimiste » , croit-il. « Lorsqu’on contemple la réalité humaine, il n’y a pas vraiment de quoi être enthousiaste ». En avouant sa vision réaliste de la société, Louis Moëllic ne se départit pourtant pas de son gentil sourire tandis que son œil pétille allègrement. La preuve, malgré tout, que l’espoir demeure en lui.
- Jean-Pierre TENOUX

Paroles Perdues, 183 pages, 16 €, chez éditeurindependant.com ; amazon.fr ; alapage.com ; et à la FNAC

 

                                                                                          retour au sommaire

 

Noter cette page

10/10 sur 1 vote

Sélectionnez une note dans le menu déroulant.
Commentaire (0)

Aucun commentaire

Ajouter un commentaire
Vous

Votre message

Plus de smileys

Champ de sécurité

Veuillez recopier les caractères de l'image :



Dernière mise à jour de cette page le 14/09/2009