Prospective

MOSAIQUE :

Cette rubrique va reprendre des textes divers, mode de réflexion sur des sujets divers, sur lesquels vos commentaires seront les bienvenus

 

                                       Prospective

          L’évolution technique et scientifique, l’évolution économique et sociale portent les signes du cheminement lent des divers éléments bouleversant la conscience sociale.

                Force est de constater que les aléas de la vie politique et sociale n’obéissent pas à des lois, mais semblent plutôt répondre à des conclusions statistiques déduites de panels antérieurs conjugués à des règles logiques qui en guident les avatars. Le sort des projets sociétaux et des expériences qui en découlent n’est pas, en effet, systématique. Il y a, c’est un fait, un imaginaire collectif qui marque chaque époque d’un sceau original sans rapport avec l’application de lois scientifiques et dialectiques. L’imaginaire collectif prend une part décisive dans des décisions politiques ponctuelles. En cas d’échec, elles ne peuvent pas être « rejouées » ; d’autres expériences sociales, voire d’autres institutions, s’instaurent, qui ne peuvent pas répéter le passé.. Chaque mode d’organisation sociale, loin d’être un « système » est, en fait, un projet, une création intellectuelle en partie réalisée, transitoire toujours ! C’est une mythologie de cohésion, une tentative de cohérence temporaire car le temps, vecteur, tant de l’action individuelle que de l’action collective, le Temps, qui est irréversible, place l’homme, à chaque instant, dans un « présent » face auquel le passé n’existe déjà plus sinon dans le stock de souvenirs des matériaux multiples et divers de son expérience exposée à un futur qu’il lui faut aménager et construire sur les bases de ce qui existe mais qui doit être ORDONNE différemment.  Ici commence donc une réflexion prospective sur ce futur où l’ordre devient l’axe de toute évolution et le cadre obligé de l’affirmation de la liberté. L’accélération et l’universalité des évolutions scientifiques et technologiques impriment aux relations sociales et économiques une irrépressible implication mondiale. Aujourd’hui, l’homme, qui doit se préparer à habiter l’univers, se doit, bon gré mal gré, d’habiter déjà sa planète tout entière. A l’évidence, cette réalité s’impose un peu plus chaque jour et précipite l’évolution des ferments « révolutionnaires » de cette situation.     
             Nos sociétés sont marquées par une complexité technologique et scientifique dont la croissance est exponentielle. Les individus n’en perçoivent pas toujours clairement l’amplitude, sauf lors de manifestations, épisodiques ou localisées, qui les plonge soudain dans l’inquiétude et dans un désarroi où le monde leur paraît incontrôlable et où le pessimisme semble devoir régner, suscitant inquiétude, colère et renoncement.     
              L’abolition des distances, l’instantanéité de l’information « posent » les problèmes dans l’universalité de leurs dimensions. Leurs solutions passent dès lors par des techniques nouvelles appropriées dont la complexité est telle qu’elle ne fait déjà plus de la décision que le moment ultime d’un processus long et extrêmement complexe, plus important même que sa mise en œuvre. Ce processus préparatoire requiert la prise en compte prospective de toutes ses conséquences par un raisonnement « systémique »* qui exige la mise en commun de compétences multiples et coordonnées (Galbraith parlait de « technostructures »). Cela veut dire que le domaine du calcul et de l’ordre devient prépondérant et qu’il est, de plus, lié à l’information, donc au traitement de cette information et à sa restitution. (consacrant la suprématie de l’instrument informatique.) L'allongement progressif et considérable du temps d’élaboration va induire un coût économique élevé, donc un choix mieux circonstancié d’investissement, où la notion de rendement sera un impératif inéluctable, que devront rapidement intégrer les programmes socio-économiques et politiques. Dans ce schéma, un autre impératif devra, de plus, être pris en compte : celui de l’indispensable élimination de l’aléa, donc de la remise en cause.
Cette obligation s’impose déjà dans l’exécution de programmes lourds tels « Airbus » ou ceux de l’Aéro Spatiale. Il en est de même dans l’équipement médical et scientifique ! De proche en proche, la programmation et la planification deviennent impératives et supposent le développement d’une logistique fiable.  Bien évidemment, la suppression du hasard est une vue limite. Un monde de sécurité totale serait en effet un monde artificiel, immobile, dont ne se satisferait pas l’esprit humain. Par contre, une trop grande rigidité ferait obstacle au progrès, elle ne peut donc être, éventuellement, qu’une étape ! D’où l’obligation de mettre en place des dispositifs anti-rigidité pour permettre un ajustement permanent à l’environnement réel au fur et à mesure qu’il est connu.  
                Cette obligation s’imposera d’autant plus que, dans notre monde sans cesse plus sophistiqué, l’aléa devient plus ténu et plus décisif !  En conséquence, ce à quoi l’homme contemporain doit donc se préparer, c’est à la pratique d’une information vraiment interactive et généralisée, c-à-d, organisée en une « communication » structurée. Or, la créativité et la rapidité de la circulation d’une information de qualité dépendent de la qualité de la coopération des individus, c-à-d, de leur formation, de leur culture, de leur connaissance des objectifs, de leur aptitude à sélectionner et à transmettre les informations utiles à la prise de décision.       
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Rappelons à ce propos que prendre une décision c’est déterminer un objectif en fonction d’un certain but ; et que c’est aussi s’assurer que ce que l’on considère comme souhaitable est possible, et que ce que l’on considère comme possible est vraiment réalisable).    

                Tout calcul supposant une pondération des résultats et une élucidation des critères de décision, il faut qu’ait été préalablement établi et reconnu un système de définitions et de valeurs respecté de tous.        
                L’adhésion nécessaire de la grande majorité des citoyens conduit inéluctablement a fortiori vers une concertation réelle dans le calcul et le choix des objectifs. Sont donc exclus passion partisane et assujettissement  anachronique à tout système de hiérarchie militaire ! Dans ce mode de concertation et de contrôle de gestion prévisionnelle, la règle de la majorité devient impraticable ; de même, toute centralisation bureaucratique et paternaliste de l’organisation sociale devient contre productive et insupportable. A la volonté d'avoir raison se substituent les raisons d'une volonté de progrès et d'efficacité. Il y a là une indéniable révolution.           
 La notion de sécurité demeure certes un besoin psychologique, mais elle s’y introduit aussi comme un facteur fonctionnel à prendre en compte au point d’insertion du hasard et de la nécessité.
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Ce point, notons-le bien, étant distinct de celui où la sécurité s’inscrit comme un « point discriminant » des faiblesses, des lâchetés, des vices, des renoncements et de la paresse humaine !          
    Cette évolution induit donc des relations sociales mettant enfin en œuvre les méthodes selon des schémas où la mise en rapport des compétences est plus féconde que leur somme. Ainsi s’ouvre la perspective de la généralisation de ces équipes intégrées déja évoquées
.  L’avenir, et c’est une nouveauté, devient le champ de la mise en œuvre d’un vouloir idéalisé.  Il nous faut cependant ne pas oublier que cet idéal ne peut être que relatif, selon le possible, le probable et le souhaitable.  
     C’est que, dans ce cadre nouveau s’inscrit une autre évolution radicale : celle de la notion de contrôle. Personne n’ayant plus assez de compétences pour juger des décisions des équipes constituées, c’est à faire confiance et à mériter la confiance que l’homme devra se former. Chacun devra s’imposer une pratique permanente de son propre auto contrôle. L’homme devra donc agir comme responsable assumant collectivement une tâche ou une mission.  

La démocratie, on le voit, s’achemine ainsi à coup sûr, vers une expression et une pratique authentiques qui relèguent déjà au magasin des accessoires la démagogie et les partis pris sectoriels. En tout état de cause, il ne faut surtout déjà plus envisager la participation sous la forme globale et abstraite de chacun à tout, mais il faut la penser sous une forme plus organique, modulée à plusieurs niveaux dans des groupes de travail de gens compétents attelés à des tâches communes. A chaque niveau d’intervention devra correspondre un niveau de participation.. Sinon, on risquerait d’avoir une participation intense à la tête et à l’autre bout pas de participation du tout. On comprend, déjà, que la démocratie à venir dépendra de l’accession du plus grand nombre au statut, aujourd’hui dénigré de l’élite. Chacun et tous devront se fixer pour objectif d’accéder à la plus haute formation et à la plus grande culture à leur portée !   
                Il faut donc, dores et déjà, abandonner une certaine attitude mentale cartésienne pour consacrer dès maintenant un nouveau type de « spécialiste » : l’homme en relation globale, apte à mettre en œuvre sa spécialité dans la conscience de l’universalité de l’esprit et de la nature humaine ! 
  

                   S’imposent ainsi à notre démarche les maîtres mots que sont, la solidarité et la responsabilité dont le corollaire est l’impératif trop souvent oublié de la « liberté ». La Liberté nous revient donc, inscrite dès lors comme un différentiel, dans la faculté de trier les conditions de choix du meilleur objectif, dans la faculté de choisir les meilleurs voies et moyens, le meilleur ordre pour atteindre cet objectif. Pour l’individu en réflexion, c’est donc aussi l’obligation de choisir les meilleures voies et moyens pour atteindre à sa plus grande perfection, c’est-à-dire par la prise en charge d’un effort permanent de perfectionnement de soi.      
                Il faut, à ce point de la réflexion, mesurer néanmoins, le fossé qui sépare nos contemporains des hommes dont le profil s’inscrit dans notre perspective avec des exigences de tolérance, de coopération, de responsabilité et de vertus telles qu’elles semblent des utopies stériles. Les pessimistes peuvent mettre l’accent sur la composition de notre société contemporaine, faite d’une majorité d’individus médiocres, menteurs, tricheurs et paresseux ! A partir de ce constat, il est en effet aisé de conclure à l’échec de toute prospective sérieuse ! L’espoir n’est-il pas cependant permis lorsqu’on note que certains processus évoqués, générateurs des prochaines évolutions rappelées précédemment, sont déjà en marche ? … tels ceux des investissements lourds, de la mondialisation des économies, de l’invasion universelle de l’information, et d’une prise de conscience solidaire des peurs et des risques justifiés par l’anarchie résiduelle des réactions privées ou nationales. Déjà, des comportements s’adaptent ou préparent les évolutions. De l’indiscipline et des égoïsmes, de l’indifférence et de la contestation, naissent déjà des mouvements qui donnent aux actions individuelles une dynamique qui devra bien finir par trouver une formulation objective et rationnelle, conforme aux objectifs poursuivis. Les nécessités économiques et sociales forgeront les solidarités.  Déjà sont en effervescence des élans que l’intérêt personnel et social saura, demain, discipliner. En effet, ce n’est que par intérêt personnel que l’individu se pliera à des participations plus solidaires et plus vertueuses car l’éducation moralisatrice restera toujours d’une piteuse inefficacité. Les hommes, par intérêt se mettront progressivement  au service de leur vocation  inaliénable qui est de prendre en charge leur destin, tant individuel que collectif. Certains, par pessimisme disent que la complexité et l’entropie des systèmes rendront tout aboutissement sérieux impossible. Faisons-leur remarquer que c’est là une affirmation qui ne peut être prouvée qu’a posteriori, et rien qu’une affirmation à laquelle on peut opposer, avec peut-être plus de pertinence, celle de Paul Valéry disant que « tout ce qui est illogique est appelé à disparaître ». 

Dans le cadre de cette formulation prospective, une nouvelle dimension s’affirme, où le règne « du plus fort » s’estompe et celui du « meilleur » s’impose progressivement.  
De plus en plus, le temps et l’espace vont se mesurer à l’aune d’une « Liberté », marge de l’action, flèche, comme le Temps, d’une exigence morale, au sens irréversible. Jusqu’ici, on énonçait la formule : « passé-présent-futur ». Il faut lui préférer maintenant : « passé-présent et ordre ». Plus qu’une formule, ce dernier triptyque s’inscrit en effet dans les axes de cette évolution technique et sociale que nous avons évoquée.  Nous imaginons alors sans peine que c’est, maintenant, à une authentique révolution que l’homme contemporain est convié ! Une révolution dont les impératifs rendent relativement dérisoires les pratiques, les conceptions et les errements politiques actuels !  Ce n’est en effet plus une de ces révolutions aux accents romantiques où l’on meurt en chantant à la poursuite d’un leurre ; c’est une révolution de l’Esprit, des esprits et des comportements ; une révolution où ni l’imposture habituelle de la violence, ni la rage de vaincre, ne portent plus les élans ; c’est une révolution de la raison qui traque l’erreur et le lyrisme !          
Il faut que les minorités agissantes, en conséquence des évolutions évoquées, s’attendent que, par la force des choses, le moment vienne où disparaîtra « l’Etat providence », où la solidarité et les droits individuels seront la contre partie obligée du respect par chacun, de ses devoirs  et de ses responsabilités ! 
Tout reste donc à méditer, tout reste donc à faire !   Dès maintenant, la seule révolution urgente qui soit, en chacun de nous, porteuse d’avenir, c’est celle de l’individu sur lui-même !

        

* systémique :-se dit d’une approche scientifique des systèmes politiques, économiques, sociaux, etc., qui s’oppose à la démarche rationaliste en abordant tout problème comme un « ensemble d’unités en interrelations mutuelles »

 

 

 Nous avons parlé de l’Ordre et de la Liberté comme éléments caractéristiques de la société de demain.
Essayons de placer ces notions dans leur évolution.
 

L'Ordre et la Liberté sont les deux indissociables dimensions de l'avenir

    

[« Une société s’élève de la brutalité jusqu’à l’ordre. Comme la barbarie est l’ère du fait, il est donc nécessaire n’y a point de  puissance capable de fonder l’ordre sur la seule contrainte des corps par les corps. Il y faut des forces fictives. » « Sous les noms de prévision et de tradition, l’avenir et le passé, qui sont des perspectives imaginaires, dominent et restreignent le présent » « L’ordre enfin bien assis,-c'est-à-dire la réalité assez déguisée et la bête assez affaiblie, - la liberté de l’esprit devient possible. » (P.Valéry- Préface aux lettres persanes).]

  Il arrive aux peuples comme aux hommes, non ce qu'ils méritent, mais ce qui leur ressemble. (P.Valéry)

Parler de la Liberté et de l’ordre lorsqu’on n’est pas philosophe est bien outrecuidant et je serais présomptueux si je ne commençais pas par dire que mes ambitions sont modestes sur le sujet. Le mot "Liberté" qui figure en tête de notre trilogie républicaine, est le mot phare des envolées lyriques révolutionnaires, mais il reste le plus souvent un principe incantatoire dont la transcription dans la vie courante alimente un éternel espoir mais, hélas, souvent, beaucoup de réelles frustrations.

On peut valablement se demander pourquoi un principe aussi actif ne parvient pas à surmonter la relativité de sa traduction dans les esprits et dans les faits, pourquoi l’étude de la Liberté s’attache ainsi, inexorablement, à une réflexion sur les contraintes diverses sans parvenir à proposer, en perspective, un concept dynamique ! Cela tient sans doute au fait que l’histoire du siècle écoulé l’a placée au second rang des préoccupations de citoyens, marqués par les drames, qui ont fini par lui préférer le goût de l’assistance. Il faut reconnaître aussi qu’il est plus facile de partager les acquis que de promouvoir les richesses dans un monde qui n’a pas encore trouvé son ordre juste.  La sécurité croissante a fait, en outre, de la paresse et de la routine, des forces opératoires de première grandeur qu’il faudrait maintenant inverser. J'ai tenté, précédemment, de montrer quelles évolutions en cours dans notre monde contemporain concourent à cette inversion et portent à doter, un jour, l’organisation de nos sociétés, d’une plus grande liberté par l’organisation et l’application concertée d’un Ordre, inévitable, mais encore à concevoir.  
           
Le passé et le présent nous guident ; mais la notion de futur n’est plus opérationnelle ! Il ne faut plus penser machinalement le traditionnel « Passé, présent, futur » mais déjà, à la place : un  « passé, présent et ordre » ! Je ne ferai, d’abord, qu’évoquer quelques considérations avancées par les philosophes, ensuite, je suivrai plus volontiers des chemins de traverse où rencontrer ce qui concerne le présent et l’avenir. Je voudrais tout d’abord noter que l’individu, pris en situation, semble, d’emblée, en porte à faux ! Comme l’a souligné Aragon,
<< Rien n’arrive à sa place chez l’homme : ni sa vie ni ses rêves >>, Heidegger ajoutant que l’homme « n’est jamais son propre contemporain ».
Cette contingence semble en effet déterminante dans le gauchissement de toutes ses perspectives ! Pour combler les décalages et les handicaps, l’individu doit tout acquérir, presque tout conquérir. Même ceux qui « naissent sous une bonne étoile » sont confrontés au défi de surmonter la facilité, d’en combattre les forces d’erreur et d’égarement qui les éloignent du but de toute destinée : atteindre au plus haut niveau de perfection, permis ou promis à chacun, c’est-à-dire, pour reprendre une formule tombée en désuétude, « atteindre à son plus haut période ». Tous les humains ont mêmes structures, organes et configuration, C'est leur appartenance à un groupe précis qui les inscrit dans un cadre socio-historique spécifique et déterminant. A sa naissance, l’enfant ressemble à une pâte vierge qui, a priori, s’offre à toutes les possibilités. Bien vite, son développement l’ordonne au long de choix, conscients ou imposés, qui ferment à chaque pas plus de voies qu’ils n’en ouvrent. A ces restrictions répondent cependant la construction et l’accroissement d’une « personnalité » selon une architecture plus ou moins complexe et plus ou moins richeL’éducation, l’enseignement, visent alors à former chacun au maniement d’outils d’apprentissage, de connaissances, de réflexions aptes à le conduire vers l’épanouissement individuel et social qui est à sa portée, au travers de règles, de systèmes, de cadres ou d’obstacles divers. La disparité des expériences et des résultats consacre une disparité des moyens mis par l’intelligence et la chance à la disposition de chacun. L’homme doit s’approprier par l’effort ses connaissances, ses perspectives, ses méthodes, ses techniques, ses idéaux, ses renoncements et ses échecs, dans un contexte de contraintes où les moyens mêmes de ses forces sont conditionnés de telle façon qu’il peut s’interroger sur le degré de liberté de ses choix et de ses décisions. Sa destinée, scellée sans retour par la mort, est donc apparemment désespérante ! Pour échapper à la fatalité et à l’absurdité de sa condition, l’homme, (et l’homme occidental en particulier), a inventé un « Dieu », infiniment bon et juste, infiniment parfait, infiniment puissant. Ce Démiurge est, pourtant, sans cesse contredit par les défaillances de ses créatures. Très vite, s’est alors imposée la nécessité de lever la contradiction et de dédouaner cet Être Suprême de la responsabilité de l’imperfection de son oeuvre. Pour ce faire, Saint Augustin a inventé le libre arbitre qui disculpe Dieu de la responsabilité du mal, et, transférant à l’homme, doué de réflexion et de volonté, la capacité de faire bien ou mal, lui fait supporter le poids du péché originel. Par sa raison, l’homme exerce sa volonté qu’Aristote définit par l’union de deux facultés : la spontanéité du désir et l’intentionnalité de la connaissance. L’homme fait donc un choix déterminé par l’intelligence entre deux ou plusieurs possibles et fait ainsi un acte libre. A la réflexion, on peut se demander si choisir entre deux objets est un acte vraiment libre ? En effet : - soit je choisis ce qui me paraît être le plus grand bien, alors mon choix est peut être déterminé surtout par la prévalence de l’intérêt du motif : - soit je choisis le moindre bien, alors comment un acte aussi absurde peut-il être libre ? Pour sortir du dilemme, la scolastique a inventé la «liberté d’indifférence » C’est cette liberté d’indifférence qui établirait, avec la spontanéité de la volonté, la réalité du « libre-arbitre ». Or, choisir par arbitrage témoigne autant d’un acte irrationnel ou incertain que d’un acte libre ! En vérité, la liberté d’indifférence est fictive, car deux objets ne peuvent être rigoureusement identiques. Leur différence, même légère est de nature à nous influencer à notre insu !  Leibnitz a, d’ailleurs, souligné la naïveté de ce volontarisme !  Si être libre, c’est trouver en soi le principe de ses actes, est-on assuré par le « libre-arbitre » de l’objectivité de ce choix ?Parmi tous les agents d’un acte, l’arbitre est certes le plus libre car détaché de tous les enjeux, mais il est aussi l’esclave des règles qu’il doit respecter et faire respecter.  En fin de compte, le sentiment de liberté même lorsqu’il est une entorse aux règles du jeu, ne résulterait que d’une méconnaissance des causes immédiates de l’acte !   Or, la connaissance des causes, même limitée aux causes efficientes disparaît souvent aujourd’hui des explications au profit de lois mathématiques prédictives parce que probabilistes et calculables. A ceci près que les lois probabilistes s’appliquent au niveau des phénomènes observables.

En ce qui concerne le non observable, c’est l’équation de Schrödinger, relative à l’évolution dans le temps d’une particule massive non relativiste, qui en rend compte.

  La psychanalyse, pour sa part, nous montre que la plupart de nos actes dépendent plus de notre inconscient que de notre volonté consciente, une volonté créatrice pouvant même être déterminée par le passé qu’elle tente de justifier.  Si, de plus on rejoint l’hypothèse d’Everett selon laquelle existeraient des univers parallèles où chaque individu a l’impression d’être le seul, le libre arbitre devient alors un non problème. Placée dans un tel cadre de contraintes et de conditions, la liberté semble donc n’être plus qu’un mot. L’individu reste socialement responsable de ses actes et de ses décisions. Sa responsabilité, pourtant, ne devrait être engagée que dans la mesure où sa liberté est effective. Il y a là un paradoxe face auquel l’homme ne peut comprendre qu’en forgeant lui-même le contenu de sa démarche. Il lui faut en imaginer le sens, en gagner et en garder les fruits. Ce n’est donc que par la prise en charge de ces contraintes et conditions que sa faculté de décider et d’agir peut encore s’exercer.  Ce qui apparaît alors comme le plus évident, c’est que la « liberté » se manifeste surtout par le renoncement à l’exercice d’une faculté indisciplinée de décider et d’agir. L’homme est donc contraint d’adopter une sagesse qui ne soit plus un dépassement mais l’aboutissement de soi, … mais l’ouverture aux possibilités heureuses de la condition humaine. C’est, comme le pensait Epicure, la véritable finalité de la raison qui s’affirme !En cela la liberté authentique ne consiste pas à vouloir faire ce qu’on doit parce qu’on le doit, mais à vouloir faire ce que l’on peut pour son bonheur et celui des autres. « Elle implique la connaissance, jamais achevée, de ce qui nous détermine ainsi que de celles des conditions universelles de la réalisation optimale de nos désirs les plus intimes. » Le rapport de soi aux autres est ainsi clairement pris en compte à condition que la vie sociale soit organisée pour l’élaboration concertée de son harmonie. Loin de l’idée d’indépendance, qui signifie que le sujet peut tout faire sans se soucier des autres, la liberté s’impose comme l’exigence rationnelle d’une autonomie dans l’interdépendance, où le rapport de chacun à chacun suppose un accord tacite ou contractuel. Cet accord, soumis au jeu politique, repose sur la cohérence et la cohésion ; il est fondé sur des lois et normes universelles établies selon les principes d’équivalence, fondateurs de l’idée de bien commun.  L’individu n’exerce alors sa liberté que par l’exigence d’un mode de participation à une vie sociale qui serait l’aboutissement d’une réflexion politique.  La tentation a été grande, pendant longtemps, d’expliquer les errements de l’histoire par les règles déterministes et sécurisantes du matérialisme historique et dialectique. La faillite du système soviétique a marqué les limites d’une doctrine par ailleurs souvent fiable pour la résolution des équations scientifiques. Fondé sur un raisonnement systématique, le matérialisme dialectique et historique a été pris en défaut, dès lors qu’il s’agissait des hommes qui, eux, ne sont pas systématiques.  

 

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Dans l'actualité !


L’évolution des mœurs politiques me semble amorcer un mouvement qui  préfigure en ses balbutiements, l’inévitable concertation et participation des familles politiques que je pronostique ci-dessus. Dans un premier temps, des tressaillements plus ou moins profonds et plus ou moins assurés préparent l’éclosion de ces structures de concertation que l’évolution va imposer.
Une image peut résumer le processus que je mets en perspective.
Supposons que les soixante et quelques millions de français soient autant de molécules d’eau mise à chauffer. Sous l’efffet de la chaleur,( les conflits et les ajustements recherchés), ces molécules commencent à bouger, à s’agiter, à conduire le liquide vers l’ébullition ! Vient un moment où, avec un degré de plus, l’eau va commencer à bouillir ;

l’intelligence, cette ébullition, donc, s’affirme alors avec énergie et c’est la bêtise qui s’envole en vapeur.
En mai 2007, un événement de première grandeur s’est produit qui peut engager notre société sur la voie de l’évolution pronostiquée !
Avec l’ « ouverture » politique, le feu a été mis sous la casserole ! Et même si l'expérience tourne court, elle aura créé un précédent qui devra être renouvelé !


  Certes, le point de vue prospectif est sujet à réflexion. Qu’il soit moteur de prise de conscience, c’est le but que je lui assigne, sans illusion mais avec espoir !

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