Sillages

Sillages
1997 Editions Caracter’s

 

Epuisé   

                                                                                   
                                                                                                          

prix Georges Riguet : lien : http://www.ppgr.org
prix Paul Eluard

              Extraits :

           La confidence

 

 

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             Le guide

Pour quel innombrable don suit-il, sans la perdre, cette étoile pensive, vers l’étroite profondeur où  chantent les désirs de la terre, où tant d’ombre règne sur tant de rêves ?

Aurait-il vu dans les glissements de lueurs closes, les mémorables figures qui effacent l’avenir ?

Cherche-t-il, sans prise sur l’inconnu, la phrase énorme du bonheur, le corail incarnat de l’amour, l’intouchable harmonie de l’espoir ?

 

xxxxxxxxxxxx

Coupe claire

 

Il y avait cet arbre
Abattu
Tronçonné
Vain
Comme des mots vacants
Au cours interrompu
D’une phrase

 

Il y avait cet autre, dressé dans l’attente
Comme les paroles tues
Aux heures crépusculaires

Il y avait cet horizon
Dans la marge du ciel
Ombre inscrite
Dans le lavis du jour

Il y avait
Plus loin que l’âme,
Au fond des sourdes mémoires,
Le gémissement du vent
Le râle des bûcherons
Et dans la gorge ouverte des cognées,
L’effort de l’homme
Vers l’ineffable

Il y avait …
Mais ce qu’il y avait
Ne pouvait plus se lire
Le sens s’était brisé dans la chute inutile

Feuille !

Feuille !

Qui porte dans le rêve le regret du poète
Traverse enfin la brume sur l’aile d’un oiseau  
Pour amarrer l’hiver et le songe
A la morne jetée des forêts.

 

Volutes

                                                                                    

Quand la lenteur de l’être emporte en sa dérive le cours immobile du regard, la végétation obscure qui peuple nos profondeurs dévoile en son mystère les fleurs noires de nos rêves.. Leur velours, qu’une brume emport au gré des heures fugitives, mêle les formes mouvantes de l’ombre aux réalités inconsistantes du repos.

 Lentement s’inscrit en nous l’indéchiffrable confusion des images que l’eau trouble du regard façonne en ses métamorphoses. Soudain s’enflamment en se perdant les lignes ondoyantes d’une lueur mouvante. …Et se déploie comme à l’infini, l’onde d’une ombre claire et bleue, qu’on dirait imprégnée d’un soupçon d’émeraude.

 

Narcisse


 

Dans le miroir
Je  pris larme contre Toi
J'avais tes yeux
Belle
Et j'étais pur en ton sourire
Orgueil de mon image 

Dans le miroir
Je pris larme contre moi
Prisonnier du reflet
Au verso d'un monde qui échappe
Je me vis sans pouvoir te saisir
Sans prise sur cette distance

Que tu ne pouvais franchir 

"Je m'apparus en Toi comme une ombre lointaine"

 Ton visage
Dans le double sillage de mes yeux
Glissait vers la source secrète
D'une caresse idéale

 Tu étais telle que je m'aime
Avec ferveur
Coeur de mon effervescence
Ombre du feu qui brûle
En Toi 

Mais du miroir
La lumière
Preuve concrète d'irréalité
N'était qu'en moi
Réalité

J'ai dit dans le miuroir
Des paroles muettes
Dont ma voix fut l'écho
Car ce n'est qu'au prix du silence
Que tout se conte en espérance !

 

 

Le Guetteur, 

C’est à la force du poignet
Qu’il a gravi le haut des jours
A la recherche du reflet
Qui donne son sens au parcours 

Dans l’aube constellée d’absence
Jusqu’aux lisières des forêts
Son long cri –enfant du silence-
Brise la nuit comme à regret 

Et dans la marge de l’espoir
Où vibre –note inachevée-
Le souffle d’un naissant vouloir
Son regard perce la nuée 

Un rêve illumine sa veille
Et fait surgir à l’horizon
Cet amour qui seul ensoleille
L’univers froid de la raison

-:-:-:-:-:-:-:-:-:-

 

La critique a dit :

Nous devons à Louis Moellic l'excellent "Sillage" (ed.Caracter's à Besançon), qui a obtenu le prix Georges Riguet 1999 et le prix Paul Eluard 2001. Le titre, déjà, parle au voyageur que nous sommes tous peu ou prou. ... Le voyage est peut être physique, plus probablement spirituel dans une reflexion sur le rapport à soi, sur le rapport à l'autre, aux autres.

 

                "L'etre se perd en son miroir

                  L'âme y prend source où le coeur songe.

 

On aura compris le charme d'une poésie aux rythmes familiers, aux allitérations discrètes, au jeu souple des mots que souligne le second vers. Tout le recueil est une quête, une soif, d'arabesques en motifs, de traces en poèmes au fil de l'eau, pour reprendre les quatre étapes du voyage. Cependant il serait faux de croire que la poésie  de Louis Moëllic n'est qu'un exercice intellectuel  un peu froid car, si chaque image est allusive, elle est également le lieu d'un vocabulaire très charnel toujours "aux confins du ciel et de l'eau". Même l'imaginaire est couleur :

 

Une île imaginaire

noie dans son aquarelle

l'univers ébauché

par l'âme qui la crée.

Que les textes s'apparentes au dialogue, y compris avec l'être aimé, qu'ils se muent en poème en prose, qu'ils interrogent ou s'interrogent, ils ont toujours cette luminosité et cette transparence des ondes les plus pures.

(Henri Heinemann : Le cerf-Volant n° 176 - )

 

 

 

L’être se perd en son miroir,
L’âme y prend source où le cœur songe
Dans le sillage d’une vérité,
Fragile comme une fleur aux pétales
Sombres sous la brûlure du  soleil,
Mêlés au clair et à l’obscur,

Complices en l’espace d’un souffle,
Les visages,
Dans le silence fertile d’une tendresse contenue,
Découvrent leurs secrets.


Après l’affable éclipse
De l’espoir sur le revers du regard,
Un attachement survient enfin,
Qui détisse le chanvre des apparences.

Un attachement, enfin, s’enracine où se rejoignent
Les pas
Là où les rêves font les plus beaux souvenirs,
Peuplant en confidences
Les rives d’un monde où l’absence rassemble
Au seuil de la nuit,
Des faims d’aurore fraternelles.

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Dernière mise à jour de cette page le 19/09/2009